Ouest France du 01/12/1988.

Dixièmes Transmusicales
Moondog : la symphonie inachevée

Ca se passe comme dans un rêve. Sur scène, un orchestre en formation Mozart et tenue de soirée. Dans la salle, sous les dorures et dans les fauteuils de velours rouge, rockers en cuir et jeunes filles sur leur trente et un. La cohabitation habituelle des Trans. Première soirée de la dixième édition. Démarrée dans une atmosphère un peu fade. Les compositions de Moondog, entre musique de film et arrangements de variétés américaines, ne surprennent pas. Applaudissements polis. L’ennui guette.

Soudain, les musiciens se lèvent et quittent leur pupître. En plein milieu de la « Vingt-huitième symphonie » du maître. Et en sa présence sur scène. Surprise. Brouhaha. Interpellations. Au balcon, on crie au scandale. « Fonctionnaires! », lance une voix féminine depuis une loge. Des spectateurs jettent des pièces de monnaie sur la scène désertée. Applaudissements. Sifflets. L’agitation gagne les couloirs. On se croirait a l’Assemblée nationale. Le motif de l’interruption ne tarde pas à être connu. Un contrat avait été signé entre les musiciens de l’orchestre et Pallas-Chaud, une société de production, pour des images de concert dans un film sur Moondog: vingt minutes de tournage au cours da la répétition – générale et du concert. « Le contrat a été dépassé, ils ont tourné plus longtemps », affirme-t-on du côté de l’Orchestre. « On nous a empêchés de faire notre travail », répondent les cameramen.

Après un flottement de dix minutes, les musiciens regagnent leur place, sous les huées d’un public inhabituel pour des musiciens classiques. La symphonie peut reprendre. Et s’achever, juste avant l’entracte. Les Trans’ ont réellement commencé hier soir, par un coup d’éclat.

Jacques Pasquet et Yvon Lechevestrier

Ouest France 01121988

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