Biographie

Né le 26 mai 1916 à Marysville, dans le Kansas et mort le 8 septembre 1999 à Münster en Allemagne, Louis Thomas Hardin alias Moondog est le fils d’un pasteur et d’une organiste. Enfant, il est initié aux rythmes de la danse du soleil par un chef traditionnel de la tribu Arapaho. Cette pulsation vitale l’accompagnera tout au long de son existence. Celle-ci bascule dans sa seizième année lorsqu’un explosif lui ôte définitivement la vue. Dans des écoles pour aveugles, il prend des cours de musique, pratique différents instruments et se forge une oreille absolue. Puis, à Memphis, sous la houlette d’un professeur de musique, il s’oppose à la musique moderne et proclame un amour indéfectible pour la musique classique européenne.

En 1943, il s’installe seul à New York avec 60 dollars en poche et la ferme intention de devenir compositeur. Il y passe ses nuits sous des porches. La barbe et les cheveux longs, il s’habille d’une robe de bure et laisse pendre une flèche indienne à son cou. On le compare alors au Christ. Au Carnegie Hall, il assiste aux répétitions de l’Orchestre Philharmonique de New York et se lie d’amitié avec Artur Rodzinski et Leonard Bernstein. Il ramène son surnom (Moondog) d’un séjour chez les Indiens avec lequel il signe ses partitions et joue désormais d’un instrument de percussion de sa propre conception : la trimba, qui va devenir sa marque de fabrique. 

Il enregistre ses premiers disques dans les années 50 et devient un icône du jazz. Charles Mingus et Dizzy Gillespie jouent avec lui dans la rue ; il fascine Benny Goodman tandis que Dave Brubeck l’invite pour une première partie. Moondog dédie son morceau Bird’s Lament à Charlie Parker. C’est à ce jour son titre le plus connu. Il signe trois albums pour le label Prestige Moondog, More Moondog, The Story of Moondog. La pochette de ce dernier est conçue par Andy Warhol. 

Philip Glass l’héberge quelques mois. Avec lui, les jeunes compositeurs Steve Reich et Jon Gibson le sacrent « père fondateur du minimalisme ». En réaction aux comparaisons christiques dont il fait toujours l’objet, il se confectionne un costume d’un viking de couleurs vives et va par les rues coiffé d’un casque à corne et muni d’une lance médiévale. On le surnomme alors le Viking de la 6ème Avenue

En 1969, le label Columbia enregistre sa musique avec l’Orchestre Philharmonique de New York sous la direction de Leonard Bernstein. Ces trente minutes de musique propulsent le clochard céleste vers la renommée. Il continue pourtant de vivre dehors et utilise l’argent gagné pour s’acheter un petit terrain au Nord de New York sur lequel il plante une cabane. Un second disque chez Columbia, Moondog II, comporte un recueil de madrigaux chantés avec sa première fille devenue adolescente. 

Un ami organiste lui propose en 1974 d’organiser sa venue en Allemagne. Le compositeur jubile à l’idée de fouler du pied la terre des grands compositeurs européens qui, Bach en tête, constituent ses modèles depuis toujours. Après deux concerts, il s’installe seul dans ce pays où il ne connaît personne, dont il ne parle pas la langue et où sa musique est peu connue. De jeunes Allemands vont l’aider à reprendre son travail de composition après des années difficiles. Ils l’hébergent, le présentent à des musiciens et lui trouvent un label. À la fin des années 70, il aura publié trois nouveaux albums (In Europe, H’art Songs, New Sound of an old Instrument). 

La décennie suivante, il voyage en Suède et en Autriche où il compose des pièces inspirées par la mythologie nordique. À Salzburg et à Vienne, il se lance dans un marathon à-la-Mozart et écrit ses trois premières symphonies en six semaines, soixante-dix-huit autres suivront jusqu’à sa mort. Lors de leur dixième édition en 1988, les Transmusicales de Rennes l’invitent pour faire jouer sa Symphonie celte. L’année suivante Philip Glass l’invite à revenir à New York pour diriger sa musique orchestrale lors d’un concert triomphal. Tombé malade au début des années 90, Moondog poursuit la composition. Il conçoit notamment Elpmas avec l’aide d’Andi Toma, un album joué par ordinateur qui permet une parfaite lecture de ses canons. Il tourne en Angleterre où il croise la route du London Saxophonic avec qui il enregistre l’album Sax Pax for a Sax pour Atlantic Records en 1994. Après la tournée de promotion du disque, il ne se produira plus sur scène qu’avec sa pianiste favorite, la française Dominique Ponty, à ses cotés lors de sa dernière apparition scénique à Arles en août 1999. Un mois plus tard, il meurt d’un arrêt cardiaque.

Il laisse derrière lui un millier d’œuvres écrites pour des dizaines d’instruments allant de l’orgue à l’ordinateur. Mélange rare et sincère entre les canons de la musique baroque et les pulsations tribales des danses amérindiennes, pont entre le savant et le populaire, sa musique emprunte autant aux formes classiques qu’au jazz, à la pop ou aux musiques extra-occidentales. Il abolit les frontières entre les genres et élabore une œuvre-monde universelle dans laquelle tout le monde peut à la fois se retrouver et se découvrir.

Amaury Cornut et Michel Mathe

La réédition de mon livre ‘Moondog’ (Ed. Le Mot et le Reste, avril 2017) est toujours disponible auprès de mon éditeur et grâce à Harmonia Mundi Distribution dans toutes les bonnes librairies. 

“ Tombé amoureux d’une figure qui a inspiré tant d’artistes (le vinyle Moondog, enregistré en 1969 avec une cinquantaine de musiciens du Philharmonique de New York, demeure encore aujourd’hui un album culte régulièrement réédité), Amaury Cornut, fan tardif mais sincère, vient tout simplement de lui consacrer à ce jour l’ouvrage le plus sérieux et le plus documenté. Un superbe hommage.” Franck Mallet

 

Vous pouvez également lire ces témoignages de proches de Moondog rédigés spécialement pour ce site :

Moondog par Michel Risse (percussionniste français ayant accompagné Moondog sur scène)
Moondog par Tom Klatt (première personne a avoir hébergé et aidé Moondog après son arrivée en Allemagne)
Moondog par Dominique Ponty (pianiste française qui accompagna Moondog lors de ses derniers concerts)

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