Prélude.

« The bridge ». C’est l’un des nombreux surnoms que s’était donné Louis Thomas Hardin au cours de sa vie. Il y avait Moondog évidemment. Mais si ce dernier était son nom de scène et celui avec lequel il signait ses partitions originellement composées en braille, « The Bridge » était alors lui son nom indien. Un nom qui le représentait, un nom qui mettait en avant l’une de ses caractéristiques… Moondog était un pont.

Un pont entre les époques, guerrier du grand Nord au milieu des cols blancs de Manhattan. « Beatnik avant les beatniks » également, et clochard céleste de la première heure. Compositeur classique des temps modernes, son minimalisme, sa musique contemporaine à lui, s’inspirait des schémas d’écriture du Moyen-Âge et de la Renaissance.  Et même ce siècle dans lequel il est né, il l’a traversé de part en part, en laissant derrière lui un millier d’œuvres écrites pour des dizaines d’instruments allant de l’orgue à l’ordinateur.

Un pont, toujours, entre le nouveau monde et l’ancien. Les pieds solidement ancrés en Amérique et le cœur indéniablement plus proche de l’Europe. À tel point qu’il lui arrivait de se définir lui même comme étant un « européen en exil ». Et c’est de cette double identité que résulte ce qui fait la singularité de son œuvre, ce mélange rare et sincère entre les canons de la musique baroque et les pulsassions tribales des danses indiennes.

Un pont, donc, entre les esthétiques. Moondog ce n’est jamais vraiment de la musique Classique, sur les plans mélodique et harmonique peut-être ses compositions empruntent elles à l’écriture classique, mais les procédés rythmiques eux sont résolument nouveaux. Ce n’est jamais vraiment du Jazz, car même les soli de saxophones sont strictement composées, en un phrasé qui rappelle l’improvisation certes, mais qui s’avère écrit en contrepoint, sur des portées, c’est notamment le cas du célèbre « Bird’s Lament ». Ce n’est pas vraiment de la Pop non plus car derrière chaque mélodie simple et naïve se cache en fait une incroyable complexité.

Moondog était un architecte. L’architecte tricéphale d’une œuvre unique.

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